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Analyses linéaires

De l'égalité des deux sexes - Les préjugés sur l’infériorité des femmes : analyse linéaire



Il n’y a rien de plus délicat que de s’expliquer sur les femmes. Quand un homme parle à leur

avantage, l’on s’imagine aussitôt que c’est par galanterie ou par amour. Nous sommes

remplis de préjugés, et il faut y renoncer absolument pour avoir des connaissances claires et

distinctes.


L’on peut mettre au nombre de ces préjugés celui qu’on porte vulgairement sur la différence

des deux sexes, et sur tout ce qui en dépend. Il n’y en a point de plus ancien ni de plus

universel. Les savants et les ignorants sont tellement prévenus de la pensée que les femmes

sont inférieures aux hommes en capacité et en mérite, et qu’elles doivent être dans la

dépendance où nous les voyons, qu’on ne manquera pas de regarder le sentiment contraire

comme un paradoxe singulier.

 

Cependant il ne serait pas nécessaire pour l’établir, d’employer aucune raison positive, si les

hommes étaient plus équitables et moins intéressés dans leurs jugements. Il suffirait de les

avertir qu’on n’a parlé jusqu’à présent qu’à la légère de la différence des deux sexes, au

désavantage des femmes; et que pour juger sainement si le nôtre a quelque prééminence

naturelle par-dessus le leur, il faut y penser sérieusement et sans intérêt, renonçant à ce

qu’on en a cru sur le simple rapport d’autrui et sans l’avoir examiné.

 

Il est certain qu’un homme qui se mettrait en cet état d’indifférence et de désintéressement,

reconnaîtrait d’une part que c’est le peu de lumière et la précipitation qui font tenir que les

femmes sont moins nobles et moins excellentes que nous. Si cet homme était philosophe, il

trouverait qu’il y a des raisons physiques qui prouvent invinciblement que les deux sexes

sont égaux pour le corps et pour l’esprit.

 

Si l’on demande à chaque homme en particulier ce qu’il pense des femmes en général, et

qu’il le veuille avouer sincèrement ; il dira sans doute qu’elles ne sont faites que pour nous,

et qu’elles ne sont guère propres qu’à élever des enfants dans leur bas âge, et à prendre le

soin du ménage. Peut-être que les plus spirituels ajouteraient qu’il y a beaucoup de femmes

qui ont de l’esprit et de la conduite ; mais que si l’on examine de près celles qui en ont le

plus, on y trouvera toujours quelque chose qui sent leur sexe : qu’elles n’ont ni fermeté ni

arrêt, ni le fond d’esprit qu’ils croient reconnaître dans le leur, et c’est un effet de la

providence divine et de la sagesse des hommes, de leur avoir fermé l’entrée des sciences, du gouvernement, et des emplois, que ce serait une chose plaisante de voir une femme

enseigner dans une chaire, l’éloquence ou la médecine en qualité de professeur, marcher par les rues, suivie de commissaires, de sergents, pour y mettre la police, haranguer devant les juges en qualité d’avocat, être assise sur un tribunal pour y rendre justice, à la tête d’un

parlement, conduire une armée, livrer une bataille et parler devant les républiques ou les

princes comme chef d’une ambassade.

F. Poullain de La Barre, De l'égalité des deux sexes, (1673)




Introduction


  • Présentation de l’auteur, de l’œuvre et de l’extrait


Au XVIIe siècle, la condition des femmes est encore largement limitée à la vie domestique. Pourtant, certains penseurs commencent à remettre en cause cette hiérarchie entre les hommes et les femmes. C’est le cas de François Poullain de La Barre, philosophe qui publie en 1673 un traité intitulé De l’égalité des deux sexes. Dans cet ouvrage, il utilise la méthode du doute de Descartes pour montrer que l’infériorité des femmes n’est pas naturelle, mais qu’elle vient surtout des habitudes et des idées reçues.


Le passage étudié sert d’introduction à sa réflexion. L’auteur montre qu’il est difficile de parler des femmes de manière objective et dénonce ensuite les préjugés sur leur prétendue infériorité.  



Analyse générale du passage

Ce petit complément ne sera pas à restituer à l’oral : il te permet juste de situer le passage et d’en comprendre les enjeux avant d’aller plus loin dans l’analyse.


Dans ce texte, De la Barre mène une réflexion critique sur les préjugés qui fondent l’inégalité entre les hommes et les femmes. Dès le début, il montre que le simple fait de défendre les femmes paraît suspect dans une société dominée par des idées reçues. Le texte s’inspire de la pensée du philosophe Descartes : pour trouver la vérité, il faut d’abord se débarrasser des préjugés et réfléchir avec la raison. L’auteur dénonce ensuite le caractère universel et ancien des discours des hommes, partagés aussi bien par les savants que par les ignorants. Cette généralisation montre la puissance de l’habitude qui transforme une opinion en vérité apparemment naturelle. Poullain de La Barre cherche alors à démontrer que l’infériorité féminine n’a aucun fondement rationnel et qu’elle repose uniquement sur des jugements précipités et intéressés. Enfin, le texte prend une dimension plus polémique lorsqu’il dévoile la manière dont les hommes réduisent les femmes à des fonctions domestiques et leur refusent l’accès au savoir et au pouvoir. L’énumération des métiers interdits aux femmes souligne l’ampleur de cette exclusion sociale. À travers cette démonstration, il propose une réflexion profondément moderne : l’inégalité entre les sexes n’est pas naturelle, mais construite par les préjugés et les rapports de domination.



problématique


Comment l’auteur remet-il en cause les préjugés sur l’infériorité des femmes pour défendre leur égalité naturelle avec les hommes ?



 

I. La dénonciation du préjugé comme obstacle à la connaissance

 Du début jusqu’à « comme un paradoxe singulier » (§1-2)


  •  La difficulté de parler des femmes


Dès le début du texte, l’auteur montre que de parler des femmes est difficile. Il souligne cette difficulté en utilisant un superlatif relatif associé à l’adjectif « délicat ». En qualifiant le sujet de « délicat », l’auteur est prudent : il sait qu’il s’attaque à une opinion profondément ancrée et prépare ainsi son lecteur à une remise en question de ses idées reçues. La proposition subordonnée circonstancielle de temps « quand un homme parle à leur avantage » montre que le débat est faussé dès le départ : toute défense des femmes est immédiatement discréditée par des soupçons de galanterie ou d’amour. La société empêche donc une réflexion objective sur ce sujet. Le pronom indéfini « on » montre que ce discours est collectif et anonyme, comme le préjugé lui‑même. 

 

  • L'aveu collectif du préjugé


De La Barre utilise ensuite la première personne du pluriel avec le pronom « nous » pour inclure l'ensemble de l'humanité dans un constat d'erreur : nous sommes « remplis de préjugés ». L'emploi du « nous » est stratégique car l’auteur s’inclut lui-même dans ce constat : en se rangeant parmi les hommes pleins de préjugés, il coupe court aux critiques et gagne en crédibilité. Il ne parle pas de l’extérieur, mais de l’intérieur d’un système qu’il connaît bien. Cette attitude montre une vraie honnêteté intellectuelle, inspirée de Descartes : pour bien raisonner, il faut d’abord reconnaître ses propres erreurs.

Il propose une solution essentielle pour sortir de cet aveuglement : « renoncer absolument » aux préjugés et acquérir des « connaissances claires et distinctes ». L'emploi du verbe de nécessité « il faut » souligne le caractère urgent de cette démarche. L’expression « connaissances claires et distinctes » reprend directement le vocabulaire de Descartes : une idée n’est vraie que si elle échappe aux préjugés et passe par la raison. Pour l'auteur, seul un raisonnement libéré de ses idées préconçues peut permettre d'accéder à la vérité. En opposant les « préjugés » à la raison, il écarte immédiatement les arguments qui reposent uniquement sur l'habitude.  

 

  • L'universalité du préjugé contre les femmes


Le deuxième paragraphe élargit le propos grâce à une généralisation : « Il n'y en a point de plus ancien ni de plus universel ». L’auteur montre ainsi que le préjugé portant sur la différence des sexes est profondément enraciné dans les mentalités et partagé par l’ensemble de la société. La double négation intensive « point de plus ancien ni de plus universel » amplifie la gravité du problème. En soulignant l'ancienneté et l'universalité du préjugé, l'auteur explique paradoxalement pourquoi il est si difficile à combattre : c’est précisément parce que ce préjugé existe depuis toujours et qu’il est partagé par tous qu’il finit par être considéré comme une vérité naturelle.

L'expression « les savants et les ignorants » est très frappante : elle montre que le préjugé touche tout le monde, sans distinction de niveau social ou de savoir. Même les hommes de savoir sont aveuglés. L’auteur remet ainsi en cause l’autorité traditionnelle des savants et montre que le savoir officiel peut lui aussi être fondé sur des croyances irrationnelles. Il en découle alors un paradoxe : l’idée selon laquelle les femmes seraient égales aux hommes paraît absurde, alors même que c’est le préjugé d’infériorité qui est absurde.




Cette analyse a été conçue pour que tu maîtrises totalement les enjeux du passage : mouvements expliqués, procédés décortiqués et arguments prêts pour l'oral. C’est l’outil idéal pour approfondir ta réflexion et assurer une excellente note le jour du Bac.


🧐 Le petit plus : les références culturelles et les ouvertures sont déjà rédigées pour t’aider à faire la différence lors de ton passage (contenu inclus dans cette analyse).


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