
5. Analyses linéaires
Lettres d'une Péruvienne - Lettre XXXI : analyse linéaire
Texte étudié : Lettre XXXI (31)
Il n’est pas surprenant, mon cher Aza, que l’inconséquence soit une suite du caractère léger des François ; mais je ne puis assez m’étonner de ce qu’avec autant et plus de lumières qu’aucune autre nation, ils semblent ne pas apercevoir les contradictions choquantes que les étrangers remarquent en eux dès la première vue.
Parmi le grand nombre de celles qui me frappent tous les jours, je n’en vois point de plus déshonorante pour leur esprit, que leur façon de penser sur les femmes. Ils les respectent, mon cher Aza, et en même-temps ils les méprisent avec un égal excès.
La première loi de leur politesse, ou si tu veux de leur vertu car je ne leur en connais point d’autre, regarde les femmes. L’homme du plus haut rang doit des égards à celle de la plus vile condition, il se couvrirait de honte et de ce qu’on appelle ridicule, s’il lui faisait quelque insulte personnelle. Et cependant l’homme le moins considérable, le moins estimé, peut tromper, trahir une femme de mérite, noircir sa réputation par des calomnies, sans craindre ni blâme ni punition.
Si je n’étais assurée que bientôt tu pourras en juger par toi-même, oserais-je te peindre des contrastes que la simplicité de nos esprits peut à peine concevoir ? Docile aux notions de la nature, notre génie ne va pas au-delà ; nous avons trouvé que la force et le courage dans un sexe, indiquaient qu’il devait être le soutien et le défenseur de l’autre, nos lois y sont conformes[1]. Ici, loin de compatir à la faiblesse des femmes, celles du peuple, accablées de travail n’en sont soulagées ni par les lois ni par leurs maris, celles d’un rang plus élevé, jouet de la séduction ou de la méchanceté des hommes, n’ont pour se dédommager de leurs perfidies, que les dehors d’un respect purement imaginaire, toujours suivi de la plus mordante satyre.
[1] Les lois dispensaient les femmes de tout travail pénible.
F. De Graffigny, Lettres d'une Péruvienne, (1747)
Introduction
Présentation de l’auteur, de l’œuvre et de l’extrait
Françoise de Graffigny est une écrivaine du siècle des Lumières, dont le salon réunit de grands penseurs comme Rousseau, Voltaire ou Diderot. En 1747, elle publie les Lettres d’une Péruvienne, un roman épistolaire dans lequel une jeune Péruvienne, Zilia, arrachée à son pays par les conquistadors espagnols puis recueillie par le français Déterville, découvre la société française. Grâce à son regard étranger, Zilia met en lumière les travers et les contradictions de la France de Louis XV.
Dans la lettre XXXI, elle s’indigne particulièrement de la condition faite aux femmes et dénonce l’hypocrisie de la société française.
Analyse générale du passage
Ce petit complément ne sera pas à restituer à l’oral : il te permet juste de situer le passage et d’en comprendre les enjeux avant d’aller plus loin dans l’analyse.
Dans la lettre XXXI, Graffigny met en scène le regard lucide et étonné de Zilia, qui découvre la société française avec la distance d’une étrangère. Ce point de vue extérieur permet de dévoiler immédiatement un trait majeur : les Français se contredisent sans s’en rendre compte. Leur légèreté, leur manque de constance et leur incapacité à voir leurs propres incohérences créent un décalage ironique qui traverse tout le passage. Au fil de la lettre, cette observation générale se concentre sur une contradiction plus grave : l’hypocrisie masculine. Les hommes prétendent respecter les femmes tout en se permettant de les tromper ou de ruiner leur réputation sans jamais être sanctionnés. Cette critique prend ensuite une dimension morale lorsque Zilia oppose la France au modèle péruvien, présenté comme plus simple, plus juste et fondé sur un équilibre naturel entre les sexes. Cette comparaison met en évidence la corruption, la violence symbolique et l’injustice institutionnalisée de la société française. Avec finesse, Graffigny transforme ainsi le regard naïf de son héroïne en véritable outil satirique pour dénoncer les failles d’un peuple qui se dit éclairé, mais qui demeure aveugle à lui-même.
Problématique
Comment Graffigny utilise-t-elle le regard étranger de Zilia pour critiquer la place des femmes dans la société du XVIIIe siècle ?
le déroulé pas à pas
– mouvements du texte expliqués clairement
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