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Analyses linéaires

Lettres d'une Péruvienne - Lettre XXXIV : analyse linéaire




Je ne sais quelles sont les suites de l’éducation qu’un père donne à son fils : je ne m’en suis pas informée. Mais je sais que du moment que les filles commencent à être capables de recevoir des instructions, on les enferme dans une maison religieuse, pour leur apprendre à vivre dans le monde. Que l’on confie le soin d’éclairer leur esprit à des personnes auxquelles on ferait peut-être un crime d’en avoir, et qui sont incapables de leur former le cœur qu’elles ne connaissent pas.

     Les principes de la Religion, si propres à servir de germe à toutes les vertus, ne sont appris que superficiellement et par mémoire. Les devoirs à l’égard de la Divinité ne sont pas inspirés avec plus de méthode. Ils consistent dans de petites cérémonies d’un culte extérieur, exigées avec tant de sévérité, pratiquées avec tant d’ennui, que c’est le premier joug dont on se défait en entrant dans le monde : et si l’on en conserve encore quelques usages, à la manière dont on s’en acquitte, on croirait volontiers que ce n’est qu’une espèce de politesse que l’on rend par habitude à la divinité.

D’ailleurs rien ne remplace les premiers fondements d’une éducation mal dirigée. On ne connaît presque point en France, le respect pour soi-même, dont on prend tant de soin de remplir le cœur de nos jeunes Vierges. Ce sentiment généreux qui nous rend le juge le plus sévère de nos actions et de nos pensées, qui devient un principe sûr quand il est bien senti, n’est ici d’aucune ressource pour les femmes. Au peu de soin que l’on prend de leur âme, on serait tenté de croire que les Français sont dans l’erreur de certains peuples barbares qui leur en refusent une.


F. de Graffigny, Lettres d'une Péruvienne, (1747)

 

Introduction

 

  • Présentation de l'auteur, de l'œuvre et de l'extrait

 

Publié en 1747, Lettres d’une Péruvienne est un roman épistolaire de Françoise de Graffigny, écrivaine du XVIIIᵉ siècle. L’œuvre raconte l’histoire de Zilia, une jeune Péruvienne enlevée puis conduite en France. À travers les lettres qu’elle adresse à Aza, son fiancé resté au Pérou, elle découvre la société française et porte sur elle un regard extérieur, qui lui permet de remettre en question certaines de ses habitudes et de ses valeurs. Ce regard d’étrangère est intéressant car il rend étrange ce que les Français considèrent comme normal et permet ainsi de mieux dénoncer les injustices de leur société.

Dans la lettre XXXIV, Zilia s’intéresse à l’éducation donnée aux jeunes filles françaises. Elle critique leur enfermement dans les maisons religieuses, la manière superficielle dont on leur enseigne la religion et, plus largement, le peu d’attention accordé à leur formation morale. Derrière le regard naïf de Zilia se dessine donc une véritable réflexion sur la condition des femmes et sur la nécessité d’une éducation fondée sur la raison et le respect de soi.

 


Analyse générale du passage

Ce petit complément ne sera pas à restituer à l’oral : il te permet juste de situer le passage et d’en comprendre les enjeux avant d’aller plus loin dans l’analyse.


Dans ce passage, Zilia porte un regard très critique sur l’éducation des jeunes filles françaises. Elle commence par dénoncer leur enfermement dans les maisons religieuses alors même qu’elles deviennent capables de recevoir une véritable instruction. Elle montre ensuite que l’enseignement religieux lui-même est insuffisant : il repose davantage sur des habitudes et des cérémonies extérieures que sur une véritable réflexion morale. Enfin, elle explique que cette mauvaise éducation empêche les femmes de développer le respect d’elles-mêmes, sentiment pourtant essentiel pour guider leurs actions et leurs pensées. Le texte repose sur un paradoxe important : la société française prétend éduquer les jeunes filles, mais elle ne leur donne pas les moyens de devenir véritablement autonomes. Le regard de Zilia permet ainsi de renverser les valeurs de la société française : ceux qui se considèrent comme civilisés peuvent finalement apparaître comme « barbares ». La critique concerne donc à la fois l’éducation, la religion et la place accordée aux femmes dans la société.



Problématique


En quoi la critique de l'éducation des filles permet-elle à Zilia de dénoncer la condition féminine et de remettre en cause les préjugés de la société française ?




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