top of page
Francais.webp

Analyses linéaires

On ne badine pas avec l'amour - Acte II - scène 5 : analyse linéaire




CAMILLE.

Vous me faites peur ; la colère vous prend aussi.

 

PERDICAN.

Sais-tu ce que c'est que des nonnes, malheureuse fille ? Elles qui te représentent l'amour des hommes comme un mensonge, savent-elles qu'il y a pis encore, le mensonge de l'amour divin ? Savent-elles que c'est un crime qu'elles font de venir chuchoter à une vierge des paroles de femme ? Ah ! Comme elles t'ont fait la leçon ! Comme j'avais prévu tout cela quand tu t'es arrêtée devant le portrait de notre vieille tante ! Tu voulais partir sans me serrer la main ; tu ne voulais revoir ni ce bois, ni cette pauvre petite fontaine qui nous regarde tout en larmes ; tu reniais les jours de ton enfance et le masque de plâtre que les nonnes t'ont placé sur les joues me refusait un baiser de frère ; mais ton coeur a battu ; il a oublié sa leçon, lui qui ne sait pas lire, et tu es revenue t'asseoir sur l'herbe où nous voilà. Eh bien ! Camille, ces femmes ont bien parlé ; elles t'ont mise dans le vrai chemin ; il pourra m'en coûter le bonheur de ma vie ; mais dis-leur cela de ma part : le ciel n'est pas pour elles.

 

CAMILLE.

Ni pour moi, n'est-ce pas ?

 

PERDICAN.

Adieu, Camille, retourne à ton couvent, et lorsqu'on te fera de ces récits hideux qui t'ont empoisonnée, réponds ce que je vais te dire : Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.

Il sort.


A. De Musset,On ne badine pas avec l'amour (1834)


Introduction


  • Présentation de l'auteur, de l'œuvre et de l'extrait

 

Au XIXᵉ siècle, Alfred de Musset s'impose comme l'une des figures majeures du romantisme. Poète et dramaturge, il écrit On ne badine pas avec l'amour en 1834, alors qu'il n'a que vingt-quatre ans. Cette pièce en prose mêle légèreté et gravité, ce qui la rapproche du drame romantique. Elle met en scène Camille et Perdican, deux cousins qui s'aiment depuis l'enfance mais que leur éducation a profondément éloignés. Tandis que Camille a été élevée dans un couvent et se méfie désormais de l'amour, Perdican a découvert le monde et défend avec passion les sentiments humains.


Dans l'acte II, scène 5, Camille donne rendez-vous à Perdican afin de lui annoncer sa décision de renoncer à leur union. Face à ce refus, le jeune homme laisse éclater sa colère dans une longue

tirade où il attaque les religieuses, dénonce les illusions de Camille et livre finalement une véritable profession de foi en l'amour.



Analyse générale du passage

Ce petit complément ne sera pas à restituer à l’oral : il te permet juste de situer le passage et d’en comprendre les enjeux avant d’aller plus loin dans l’analyse.


Dans cette scène centrale d’On ne badine pas avec l’amour, Musset met en scène l’affrontement entre deux conceptions opposées de l’existence : le renoncement prôné par les religieuses et la foi de Perdican dans l’amour humain. Blessé par l’attitude de Camille, le jeune homme laisse éclater une longue tirade passionnée qui prend d’abord la forme d’un réquisitoire contre l’éducation reçue au couvent. Cependant, sa colère dépasse rapidement le cas particulier de Camille pour devenir une réflexion plus large sur la condition humaine. Après avoir dénoncé les mensonges, les faiblesses et les imperfections des hommes comme des femmes, Perdican affirme paradoxalement la grandeur de l’amour, seule expérience capable de donner un sens à l’existence malgré la souffrance qu’elle implique. Ce passage, à la fois lyrique, polémique et philosophique, constitue ainsi une véritable profession de foi romantique où Musset célèbre l’amour comme une nécessité vitale et une source d’authenticité.



problématique


Comment Perdican transforme-t-il sa colère en une véritable célébration de l'amour ?

 



Choisis la formule qui t’aidera à réviser plus efficacement et à préparer ton bac sereinement :


📚 La fiche complète

Retrouve l'analyse linéaire complète en PDF : mouvements rédigés, procédés analysés et interprétés.


♾️ L'accès illimité

Profite de toutes les ressources de l'année pour préparer l'intégralité de ton bac de français.



bottom of page