
2 - Synthèses
durkheim : moral, travail
Expliquer le texte suivant :
Chaque peuple a sa morale qui est déterminée par les conditions dans
lesquelles il vit. On ne peut donc lui en inculquer une autre, si élevée qu'elle soit, sans
le désorganiser, et de tels troubles ne peuvent pas ne pas être douloureusement
ressentis par les particuliers. Mais la morale de chaque société, prise en elle-même,
ne comporte-t-elle pas un développement indéfini des vertus qu'elle recommande ?
Nullement. Agir moralement, c'est faire son devoir, et tout devoir est fini. Il est limité
par les autres devoirs ; on ne peut se donner trop complètement à autrui sans
s'abandonner soi-même ; on ne peut développer à l'excès sa personnalité sans tomber
dans l'égoïsme. D'autre part, l'ensemble de nos devoirs est lui-même limité par les
autres exigences de notre nature. S'il est nécessaire que certaines formes de la
conduite soient soumises à cette réglementation impérative qui est caractéristique de
la moralité, il en est d'autres, au contraire, qui y sont naturellement réfractaires et qui
pourtant sont essentielles. La morale ne peut régenter outre mesure les fonctions
industrielles, commerciales, etc., sans les paralyser, et cependant elles sont vitales ;
ainsi, considérer la richesse comme immorale n'est pas une erreur moins funeste que
de voir dans la richesse le bien par excellence. Il peut donc y avoir des excès de
morale, dont la morale, d'ailleurs, est la première à souffrir ; car, comme elle a pour
objet immédiat de régler notre vie temporelle, elle ne peut nous en détourner sans tarir
elle-même la matière à laquelle elle s'applique.
DURKHEIM, De la Division du travail social (1893)
Analyse rapide : les grandes idées
Durkheim s’interroge sur la nature et les limites de la morale.Il part d’un constat sociologique : chaque peuple a sa propre morale, adaptée à ses conditions de vie.Imposer une morale étrangère à une société provoquerait sa désorganisation.
Mais il pose ensuite une question : la morale d’une société peut-elle se développer indéfiniment ?Réponse : non, car toute morale est limitée.
Ces limites viennent :
des autres devoirs (on ne peut pas être moral sur un point sans négliger un autre) ;
des autres exigences humaines (le travail, la richesse, les activités économiques sont aussi nécessaires).
Ainsi, un excès de morale peut devenir contre-productif : vouloir tout moraliser, c’est risquer de paralyser la vie sociale.La morale doit donc rester équilibrée, au service de la société, et non l’étouffer.
❓ Problématique
Jusqu’où la morale peut-elle s’imposer à la société sans nuire à son équilibre ?ou encore :La morale doit-elle tout régenter dans la vie humaine, ou doit-elle reconnaître ses propres limites ?
I. La morale est relative à chaque société
Chaque peuple a sa propre morale, déterminée par ses conditions de vie (climat, économie, traditions, structure sociale).→ La morale n’est pas universelle, mais sociale et historique.
Imposer une morale étrangère, même supérieure en apparence, désorganise la société.→ L’unité morale d’un peuple est nécessaire à sa cohésion.
II. La morale est par nature limitée
Le devoir moral n’est pas infini : il se heurte à d’autres devoirs.→ Trop de dévouement peut nier soi-même ; trop d’affirmation de soi devient égoïsme.
La morale ne peut tout encadrer : certaines activités (économiques, industrielles, commerciales) échappent à sa régulation.→ Elles sont pourtant vitales pour la société.
III. Les excès de morale deviennent immoraux
Trop de morale nuit à la morale elle-même : vouloir moraliser la richesse ou le travail, c’est risquer de paralyser la société.→ Exemples : condamner la richesse ou la production comme “immorales”.
La morale doit rester fonctionnelle : elle sert à régler la vie sociale, pas à s’y substituer.→ Elle perdrait sa raison d’être si elle détournait les hommes de la vie réelle.
🎯 Idée finale
Durkheim défend une vision sociologique et équilibrée de la morale :elle est nécessaire à la cohésion sociale, mais elle doit rester mesurée et adaptée aux besoins concrets de la société.
Point méthode introduction
cf photo : ca peut aider l'élève a mieux organiser ses idées

La rédaction
Introduction du texte
Dans cet extrait tiré de De la Division du travail social (1893), le sociologue Émile Durkheim s’interroge sur le rôle et les limites de la morale au sein de la société. Il commence par rappeler que toute communauté humaine repose sur des règles morales qui assurent sa cohésion : la morale est donc indispensable, mais elle est aussi relative, car elle dépend des conditions propres à chaque peuple. Cependant, Durkheim va plus loin et se demande si cette morale peut se développer sans limite. Il montre alors que le devoir moral est nécessairement encadré par d’autres exigences de la vie individuelle et sociale. Enfin, il démontre qu’un excès de morale pourrait devenir dangereux, au point d’étouffer la société elle-même. Ainsi, Durkheim nous invite à réfléchir aux rapports entre la morale et le fonctionnement concret de la vie sociale.Problématique : Jusqu’où la morale peut-elle s’imposer à la société sans nuire à son équilibre ?
I. La morale est indispensable à chaque société et elle est relative, chaque peuple ayant sa propre morale
Durkheim commence par affirmer que toute société a besoin d’une morale. Elle constitue un ensemble de règles partagées qui organisent la vie collective : sans elles, il n’y aurait ni ordre ni cohésion entre les individus. La morale est donc indispensable pour assurer la stabilité et le bon fonctionnement du groupe social.
Cependant, Durkheim insiste sur le fait que cette morale n’est jamais universelle : elle dépend étroitement des conditions dans lesquelles vit chaque peuple. Qu’il s’agisse du contexte économique, de l’histoire, des traditions ou du mode d’organisation sociale, chaque société produit une morale adaptée à ses besoins spécifiques. Ainsi, il n’existe pas une morale unique et valable pour tous, mais une pluralité de morales, chacune façonnée par les caractéristiques propres d’un groupe.
De cette constatation découle un principe essentiel : on ne peut pas imposer à un peuple une morale qui ne serait pas la sienne, même si elle semble « plus élevée ». En effet, changer brutalement les normes et les devoirs en vigueur dans une société revient à désorganiser l’équilibre social sur lequel elle repose. Les individus eux-mêmes en subiraient les conséquences, car leur manière de vivre, d’agir et de penser serait profondément déstabilisée.
Durkheim montre donc que la morale est à la fois nécessaire et relative : elle assure la cohésion du groupe mais doit toujours être en accord avec sa réalité sociale. C’est cette adéquation entre valeurs morales et conditions de vie qui garantit l’harmonie de la société et le bien-être de ses membres.
II. La morale est par nature limitée
Après avoir montré que la morale est essentielle à toute société, Durkheim souligne que le devoir moral n’est pas sans limites. La morale fixe des obligations précises, mais celles-ci se heurtent entre elles : il faut savoir se consacrer à autrui, mais sans pour autant se perdre soi-même. À l’inverse, une trop grande attention portée à sa propre personne conduit à l’égoïsme, et donc à la rupture du lien social. Le devoir moral implique donc un juste équilibre entre solidarité et affirmation de soi.
De plus, la morale ne peut prétendre régir tous les aspects de la vie humaine. Certaines activités comme le travail industriel, la production économique ou le commerce obéissent à d’autres logiques que celle du devoir moral. Elles sont essentielles à la survie et au progrès de la société, mais leur fonctionnement serait paralysé si l’on exigeait qu’elles répondent à des normes morales trop strictes. Imposer partout une régulation morale absolue reviendrait à empêcher la société de se développer.
Ainsi, la morale doit reconnaître ses frontières naturelles : elle a un rôle fondamental mais ne peut ni tout contrôler ni tout commander.
III. Les excès de morale deviennent immoraux
Durkheim va plus loin en affirmant qu’un excès de morale finit par nuire à la morale elle-même. Une société qui condamnerait par principe la richesse ou le travail productif, au nom d’une valeur morale supposément supérieure, court le risque de paralyser ses forces vitales. La morale, en voulant s’étendre au-delà de son domaine légitime, se retourne contre ses propres objectifs : maintenir la cohésion sociale et garantir l’équilibre collectif.
La morale n’a donc pas pour fonction d’éloigner les individus de la vie concrète. Son rôle est d’organiser l’existence collective : elle doit orienter la conduite humaine, mais sans étouffer les activités nécessaires à la prospérité de la société. Si elle ne tient pas compte des réalités matérielles, elle se vide de son sens et perd la « matière » même sur laquelle elle doit s’appliquer.
En conclusion de son analyse, Durkheim défend l’idée d’une morale mesurée et fonctionnelle, capable de guider la société sans entraver son développement. C’est de cet équilibre que dépend la vitalité de la vie morale elle-même.
Durkheim conclut que si la morale est indispensable à la cohésion sociale, elle ne doit pas dépasser son domaine légitime. Elle doit tenir compte des réalités humaines et ne pas chercher à tout réglementer, au risque d’étouffer les activités essentielles de la société. Une morale trop contraignante se retourne contre ses propres objectifs, car elle prive la vie sociale de la matière qu’elle est censée organiser. La véritable morale, selon Durkheim, n’est donc pas celle qui impose des exigences infinies, mais celle qui sait s’ajuster à la nature humaine et aux besoins collectifs.
Synthèse du texte
Éléments | Contenu |
Thèse principale | La morale est indispensable à la société mais elle est limitée : un excès de morale devient nuisible au bon fonctionnement social. |
1️⃣ La morale est relative aux conditions sociales propres à chaque peuple2️⃣ Le devoir moral doit s’équilibrer avec d’autres devoirs et besoins vitaux3️⃣ Trop de morale paralyse la société et nuit à la morale elle-même | |
Arguments | - Imposer une morale étrangère désorganise la société- Le devoir moral se heurte à l’équilibre entre altruisme et préservation de soi- Les activités économiques ne peuvent être trop moralement encadrées- Une morale excessive prive la vie sociale de sa vitalité |
Concepts mobilisés | - Relativité morale- Devoir et équilibre social- Fonction sociale de la morale |
Enjeu du texte | Assurer une cohésion sociale harmonieuse : la morale doit guider sans entraver la vie collective. |
Portée philosophique | Le texte montre une approche fonctionnaliste et sociologique de la morale : elle n’est pas absolue, mais adaptée aux besoins du groupe. Il s’agit d’un appel à la modération morale, qui garantit l’efficacité de la vie sociale. |