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Russel - Essais sceptiques (1928)
On connaît bien les méthodes qui accroissent le degré de vérité de nos croyances : elles consistent à écouter tous les partis, à essayer d’établir tous les faits dignes d’être relevés, à contrôler nos penchants individuels par la discussion avec des personnes qui ont des penchants opposés, et à cultiver l’habitude de rejeter toute hypothèse qui s’est montrée inadéquate. On pratique ces méthodes dans la science et grâce à elles on a établi un corps de connaissances scientifiques. Tout homme de science dont les idées sont vraiment scientifiques est prêt à reconnaître que ce qui passe pour une connaissance scientifique à un moment donné demandera sûrement d’être corrigé par des découvertes nouvelles ; que néanmoins, la science est assez proche de la vérité pour suffire à la plupart des besoins pratiques, mais non à tous. Dans la science, quand il ne s’agit que d’une connaissance qui ne peut qu’être approximative, l’attitude de l’homme est celle de l’expérimentation et elle est pleine de doute. Tout au contraire en religion et en politique : bien qu’ici il n’y ait encore rien qui approche de la connaissance scientifique, chacun considère qu’il est de rigueur d’avoir une opinion dogmatique1 qu’on doit soutenir en infligeant des peines de prison, la faim, la guerre, et qu’on doit soigneusement garder d’entrer en concurrence par arguments avec n’importe quelle opinion différente. Si on pouvait seulement amener les hommes à avoir une attitude agnostique2 sur ces matières, neuf dixièmes des maux du monde moderne seraient guéris ; la guerre deviendrait impossible ; car chaque camp comprendrait que tous les deux doivent avoir tort. Les persécutions cesseraient. L’éducation tendrait à élargir les esprits et non à les rétrécir.
RUSSELL, Essais sceptiques (1928)
Idée générale du texte
Russell compare deux attitudes très différentes :
celle qu'on adopte en science (où on cherche la vérité avec prudence et doute)
et celle qu'on adopte en religion et en politique (où on affirme ses idées avec certitude, souvent sans accepter la discussion).
🧪 Ce que Russell dit sur la science
En science, on cherche à vérifier les choses avec méthode.
On écoute tous les points de vue.
On accepte que nos idées peuvent être fausses et qu’on devra peut-être les corriger plus tard.
Même si la science n’est jamais parfaite, elle est utile pour comprendre le monde.
L’attitude du scientifique est donc ouverte, prudente et expérimentale.
🏛️ Ce que Russell dit sur la religion et la politique
En religion et en politique, c’est souvent l’inverse :➤ Les gens défendent leurs idées de façon dogmatique (= sans accepter qu’ils puissent avoir tort).➤ Ils refusent la discussion, ils veulent imposer leurs idées par la force : prison, guerre, etc.
🌍 La solution proposée
Russell pense que si les gens étaient plus agnostiques (c’est-à-dire s’ils acceptaient qu’on ne peut pas tout savoir avec certitude, surtout en religion et en politique),→ alors la plupart des conflits disparaîtraient.→ Il y aurait moins de guerre, de persécutions, et l’éducation aiderait les esprits à s’ouvrir plutôt qu’à se fermer.
✅ En résumé
En science, on doute et on avance peu à peu vers la vérité.
En religion et en politique, on affirme sans preuve, parfois avec violence.
Russell propose d’adopter une attitude plus modeste dans ces domaines pour rendre le monde meilleur.