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philosophie

3. Commentaires

Texte Alain

texte d'Alain / Les animaux, autant que l'on peut deviner, n'ont point de passions. Un animal mord ou s'enfuit selon l'occasion; je ne dirai pas qu'il connaît la colère ou la peur, car rien ne laisse, soupçonner qu'il veuille résister à l'une ou à l'autre, ni qu'il se sente vaincu par l'une ou par l'autre. Or c'est aussi pour la même raison que je suppose qu'il n'a point conscience. Remarquez que ce qui se fait par l'homme sans hésitation, sans doute de soi, sans blâme de soi, est aussi sans conscience. Conscience suppose arrêt, scrupule, division ou conflit entre soi et soi. Il arrive que, dans les terreurs paniques, l'homme est emporté comme une chose. Sans hésitation, sans délibération, sans égard d'aucune sorte. Il ne sait plus alors ce qu'il fait. Mais observez les actions habituelles tant qu'elles ne rencontrent point d'obstacles, nous ne savons pas non plus ce que nous faisons. Le réveil vient toujours avec le doute; il ne s'en sépare point. De même celui qui suit la passion n'a point de passion. La colère, le désir, la peur, ne sont plus alors que des mouvements.



1. Problématisation du texte

Dans ce texte, Alain interroge ce qui distingue fondamentalement l’homme de l’animal. Alors que l’on attribue spontanément aux animaux des passions (peur, colère, désir), Alain soutient qu’ils n’en ont pas réellement, car ils agissent sans recul, sans résistance intérieure, sans conscience. À l’inverse, la passion humaine n’est pas un simple mouvement : elle suppose un conflit intérieur, un doute, une hésitation, bref une conscience de soi.


Le paradoxe est alors le suivant : celui qui se laisse entièrement emporter par la passion n’est plus vraiment dans la passion, puisqu’il agit mécaniquement, comme une chose. Ainsi, la conscience ne se manifeste pas dans l’action immédiate, mais dans l’arrêt, le scrupule et le doute.


2. Problématique

La passion est-elle un simple mouvement instinctif qui emporte l’individu, ou suppose-t-elle au contraire une conscience réflexive et un conflit intérieur propres à l’homme ?


Autrement dit, peut-on encore parler de passion là où il n’y a ni conscience ni résistance à soi-même ?


3. Plan possible

I. Les animaux et l’homme dominé par l’élan : une action sans conscience

  • L’animal agit selon l’occasion, sans recul ni résistance intérieure

  • Certaines actions humaines (panique, habitudes) sont elles aussi inconscientes

  • Dans ces cas, l’individu est « emporté comme une chose »

II. La conscience comme arrêt et conflit intérieur

  • La conscience suppose hésitation, doute et jugement sur soi

  • Elle apparaît lorsqu’il y a obstacle ou remise en question

  • Le « réveil » de la conscience est indissociable du doute

III. La véritable passion comme tension entre mouvement et conscience

  • Celui qui suit aveuglément la passion n’a plus de passion

  • La passion humaine implique une lutte intérieure

  • La spécificité humaine réside dans cette division de soi à soi


Explication d un passage

  • « Les actions habituelles tant qu’elles ne rencontrent point d’obstacles, nous ne savons pas non plus ce que nous faisons »


    Alain explique que lorsque nous agissons par habitude (marcher, écrire, conduire…), tant que tout se passe normalement, nous agissons automatiquement, sans y penser. Nous faisons les choses sans en avoir conscience.

  • « Le réveil vient toujours avec le doute ; il ne s’en sépare point »


    La conscience apparaît quand quelque chose nous arrête : une difficulté, une hésitation, un problème. Être conscient, c’est se poser des questions, douter, réfléchir à ce que l’on fait.

  • « De même celui qui suit la passion n’a point de passion »


    Si une personne se laisse totalement emporter par sa colère, son désir ou sa peur, sans réfléchir ni résister, alors elle n’est pas vraiment dans la passion au sens fort. Elle ne se rend pas compte de ce qu’elle vit.

  • « La colère, le désir, la peur, ne sont plus alors que des mouvements »


    Dans ce cas, ces émotions ne sont plus que des réactions mécaniques, comme des réflexes du corps. Elles ne sont pas accompagnées de conscience : ce ne sont donc plus des passions humaines, mais de simples mouvements.

👉 Idée centrale du passage :


Pour Alain, il n’y a conscience (et vraie passion) que lorsqu’il y a doute, recul et conflit intérieur. Sans cela, l’homme agit comme un automate, presque comme un animal.

















Analyse générale du passage

Dans ce texte, Alain cherche à montrer ce qui distingue réellement l’homme de l’animal. Contrairement à ce que l’on pense spontanément, il affirme que les animaux n’ont pas de passions véritables. Ils réagissent immédiatement à une situation (fuir, attaquer), mais sans recul, sans lutte intérieure, sans conscience de ce qu’ils font. Leur comportement est donc automatique.

Alain applique ensuite ce raisonnement à l’homme. Il montre que l’homme lui aussi peut agir sans conscience, par exemple dans la panique ou dans les gestes habituels. Tant que l’action se déroule sans difficulté, l’homme agit machinalement, sans se rendre compte de ce qu’il fait. La conscience n’apparaît qu’au moment où quelque chose bloque l’action : un obstacle, une hésitation, un doute.

L’enjeu central du texte est alors de redéfinir la passion. Pour Alain, la passion n’est pas le fait d’être emporté par une émotion, mais au contraire de résister intérieurement à cette émotion. Celui qui se laisse totalement aller à la colère, au désir ou à la peur n’est plus vraiment dans la passion : il agit comme une chose, sans réflexion. Ces émotions deviennent de simples mouvements du corps.

Ainsi, Alain défend l’idée que la conscience humaine se définit par le doute et le conflit intérieur. Ce n’est pas l’action rapide ou violente qui prouve la conscience, mais la capacité à s’arrêter, à se juger soi-même et à se poser des questions. L’enjeu du texte est donc moral et philosophique : il s’agit de montrer que la liberté et l’humanité de l’homme reposent sur cette capacité à ne pas se laisser entièrement emporter.

👉 En résumé :


Être conscient et humain, pour Alain, ce n’est pas agir, mais se retenir, douter et réfléchir.


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