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La conscience, de Descartes à Rousseau

Photo du rédacteur: Stéphanie Mongenie
Stéphanie Mongenie
il y a 21 heures
8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 10 heures



Personne qui pense à sa conscience

 


📢 La conscience participe à la connaissance de soi, à la construction de l’identité personnelle et au jugement moral.








La conscience semble d’abord être ce qui nous permet d’être présents à nous-mêmes et au monde. Nous savons ce que nous percevons, ce que nous pensons, ce que nous ressentons et ce que nous faisons. Nous avons également le sentiment d’être à l’origine de nos décisions et de nos actions : lorsque nous décidons d’agir, nous avons généralement l’impression que cette décision vient de nous.


La conscience semble donc nous donner une certaine connaissance de nous-mêmes, mais aussi le sentiment d’être libres et responsables de nos actes.


Pourtant, cette première impression peut être remise en question. Nous changeons au cours du temps, nos souvenirs peuvent être fragiles, nos jugements peuvent être influencés par notre éducation et notre société, et nous ne comprenons pas toujours complètement nos propres réactions.


La conscience permet-elle alors réellement de se connaître soi-même ?



1. Qu'est-ce que la conscience ?


Le mot conscience vient du latin conscientia, qui signifie littéralement « savoir avec ». Être conscient, c’est d’abord être présent à soi et au monde. La conscience nous permet de savoir que nous percevons, pensons, ressentons ou agissons. Elle nous distingue ainsi d’un objet qui existe sans avoir conscience de son existence.

On peut distinguer deux formes de conscience :


  • La conscience immédiate


C’est le fait d’avoir spontanément conscience de ce que l’on perçoit, pense ou ressent. Par exemple : je vois un arbre ; je ressens de la colère ; je sais que je suis en train de lire.


  • La conscience réfléchie


C’est la capacité de se retourner sur soi-même pour observer et interroger sa propre vie intérieure. Je ne me contente plus de ressentir de la colère. Je peux me demander : « Pourquoi suis-je en colère ? »

La conscience réflexive permet donc de faire de soi-même un objet de réflexion. Elle rend notamment possible l’introspection, c’est-à-dire l’observation de sa propre vie intérieure.



📋 À retenir

La conscience est la capacité d’avoir une expérience de ce que l’on perçoit, pense, ressent ou fait, et de pouvoir réfléchir sur soi-même.

La conscience nous donne donc accès à nous-mêmes. Mais peut-elle nous fournir une connaissance absolument certaine de ce que nous sommes ?

 


2. DESCARTES : LA CONSCIENCE COMME CERTITUDE DE MON EXISTENCE


Pour comprendre le rôle philosophique de la conscience, il faut connaître Descartes. Dans les Méditations métaphysiques, Descartes entreprend de mettre en doute tout ce qui peut être mis en doute afin de découvrir une vérité absolument certaine :


  • Peut-il douter de l’existence du monde ? Oui.

  • Peut-il douter de ce que lui disent ses sens ? Oui.

  • Peut-il même se demander s’il ne rêve pas ?


Mais il découvre qu’il existe une chose dont il ne peut pas douter : au moment où il doute, il pense.

Et s’il pense, alors il existe au moins comme être pensant et en arrive à cette formulation :


« Je pense, donc je suis. » ou, en latin, Cogito, ergo sum.


🔎 Ce que signifie le cogito


  • Descartes ne dit pas : « Je connais tout sur moi-même. »

  • Il affirme une chose plus précise : au moment même où je pense, je ne peux pas nier que j’existe comme être qui pense.

  • Même si tout ce qui m’entoure était une illusion, je ne pourrais pas douter du fait que je suis en train de penser.

  • La conscience de penser devient donc, pour Descartes, une certitude fondamentale. Elle constitue le point de départ de la connaissance de soi.


Le sujet humain peut ainsi avoir la certitude suivante : je ne sais peut-être pas encore exactement qui je suis, mais je sais avec certitude que j’existe en tant qu’être pensant lorsque je pense.

Cette conception fait de la conscience une caractéristique essentielle du sujet humain.


Mais une difficulté apparaît : être conscient signifie-t-il pour autant se connaître totalement ?

La conscience nous donne accès à nous-mêmes, mais cela ne signifie pas nécessairement qu’elle nous révèle tout ce que nous sommes.

 


3. L’IDENTITÉ PERSONNELLE : QU’EST-CE QUI FAIT QUE JE SUIS TOUJOURS « MOI » ?


Nous avons conscience d’être la même personne au cours du temps. Pourtant, nous changeons constamment. Notre corps change, nos goûts changent, nos opinions évoluent et notre caractère lui-même peut se transformer. Alors une question se pose : qu’est-ce qui fait que je suis encore la même personne aujourd’hui qu’il y a dix ans ?


C’est le problème de l’identité personnelle. L’identité personnelle désigne ce qui permet de considérer qu’un individu reste la même personne à travers le temps, malgré les changements qu’il connaît.

Cette question est plus complexe qu’il n’y paraît. Mon corps change, mais j’ai pourtant le sentiment que c’est toujours « moi ». Il faut donc chercher ce qui assure cette continuité.

 


A. LOCKE : L’IDENTITÉ PERSONNELLE REPOSE SUR LA CONTINUITÉ DE LA CONSCIENCE


Le philosophe anglais John Locke distingue notamment l’être humain et la personne :


  • Le même homme : il s’agit de l’être humain considéré comme un organisme vivant. Mon corps possède une continuité biologique : même si mes cellules se renouvellent et que mon apparence change, mon organisme reste le même individu vivant.


  • La même personne : pour Locke, cela renvoie à une continuité de la conscience. Je suis la même personne à travers le temps parce que je peux avoir conscience de mes expériences passées et me les attribuer.


Autrement dit, je peux dire : « c’est bien moi qui ai fait cela », parce que je peux rapporter cette expérience passée à moi-même.


  • Le rôle de la mémoire


La mémoire joue alors un rôle essentiel : elle permet à la conscience de se prolonger vers le passé.

Je peux me reconnaître dans une expérience ancienne parce que je peux me souvenir de l’avoir vécue.


  • L’idée essentielle de Locke


L’identité personnelle ne dépend pas simplement de la permanence du corps : elle dépend de la continuité de la conscience. Par exemple, une personne change physiquement entre 10 et 30 ans. Pourtant, elle considère généralement qu’elle reste la même personne parce qu’elle peut relier son présent à une partie de son passé par sa conscience et ses souvenirs. Locke permet donc de distinguer la continuité biologique du corps et la continuité psychologique de la personne.


Mais cette théorie fait immédiatement apparaître une difficulté : si la conscience relie la personne à son passé, que se passe-t-il lorsque cette continuité est interrompue ou fragilisée ?

 

B. LE PROBLÈME DE LA MÉMOIRE


L’idée de Locke soulève un problème important : que se passe-t-il lorsque je ne me souviens plus d’un événement de mon passé ? Suis-je toujours la même personne ? La question est d’autant plus difficile que nos souvenirs ne sont pas toujours parfaitement fiables. Nous pouvons :


  • oublier certains événements

  • déformer certains souvenirs

  • reconstruire un souvenir à partir de ce que l’on nous a raconté

  • être convaincus d’avoir vécu quelque chose qui ne s’est pas réellement produit


La mémoire joue donc un rôle essentiel dans notre identité, mais elle ne permet pas à elle seule de résoudre complètement le problème de l’identité personnelle. Nous avons besoin de nous reconnaître dans notre passé pour avoir le sentiment de rester la même personne, mais notre passé ne se réduit jamais à ce dont nous nous souvenons consciemment.


📋 À retenir

La mémoire permet à la conscience de relier le présent au passé et joue donc un rôle essentiel dans l’identité personnelle. Mais elle est imparfaite et ne suffit pas à elle seule à expliquer toute notre identité. La conscience ne permet donc pas seulement de savoir ce que nous sommes : elle permet aussi de nous rapporter à notre passé.

Mais elle a également une autre fonction essentielle : elle nous permet de juger nos propres actions.

 


4. LA CONSCIENCE MORALE : SAVOIR CE QUI EST BIEN OU MAL


La conscience ne consiste pas seulement à savoir ce que nous pensons ou ce que nous faisons. Elle peut également nous permettre de porter un jugement sur nos propres actions. Nous pouvons nous demander :


  • Ai-je bien agi ?

  • Est-ce que ce que je fais est juste ?

  • Aurais-je dû agir autrement ?


C’est ce que l’on appelle la conscience morale. Elle désigne la capacité de l’être humain à juger ses propres actions en distinguant notamment ce qu’il considère comme bien ou mal, juste ou injuste, permis ou interdit.


Je ne suis donc pas seulement conscient de ce que je fais : je peux également me juger moi-même.


  • Rousseau : la conscience comme « céleste voix »


Dans Émile ou De l’éducation, Rousseau présente la conscience morale comme une sorte de voix intérieure qui permet à l’être humain de distinguer le bien du mal :

« Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix; guide assuré d'un être ignorant et borné, mais intelligent et libre; juge infaillible du bien et du mal, qui rends l'homme semblable à Dieu! c'est toi qui fais l'excellence de sa nature et la moralité de ses actions; sans toi, je ne sens rien en moi qui m'élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m'égarer d'erreur en erreur à l'aide d'un entendement sans règles et d'une raison sans principes »


Pour Rousseau, la conscience morale est une sorte de voix intérieure, un principe qui nous permet de porter un jugement sur nos actions. Elle peut produire en nous du remords, de la culpabilité ou, au contraire, la satisfaction d’avoir agi conformément à ce que nous considérons comme juste.


🧐 Exemple


Je peux être tenté de mentir pour éviter une sanction. Même si personne ne découvre mon mensonge, je peux néanmoins avoir mauvaise conscience. Je ne suis donc pas seulement conscient de mon action : je suis capable de porter intérieurement un jugement moral sur cette action.


La conscience morale nous conduit ainsi à prendre de la distance par rapport à nous-mêmes : je peux être à la fois celui qui agit et celui qui juge son action.


📋 À retenir

La conscience morale est la capacité de juger ses propres actions en fonction du bien et du mal. Elle fait de l’être humain un être capable de se juger lui-même.

Cette capacité soulève cependant une nouvelle question : notre conscience morale nous appartient-elle entièrement ? Nos valeurs et nos jugements peuvent être influencés par notre éducation, notre famille, notre milieu social et la société dans laquelle nous vivons. La conscience ne garantit donc pas nécessairement une parfaite connaissance de nous-mêmes.

 


5. LA CONSCIENCE SUFFIT-ELLE DONC À EXPLIQUER CE QUE JE SUIS ?


Jusqu’ici, nous avons vu que la conscience permet de percevoir le monde, de penser, de réfléchir sur soi, de se reconnaître dans son passé et de juger ses propres actions. On pourrait alors penser que tout ce que nous sommes est accessible à notre conscience.

Pourtant, nous pouvons parfois avoir des réactions que nous ne comprenons pas, ressentir des émotions dont nous ignorons la cause, dire involontairement autre chose que ce que nous voulions dire ou agir d’une manière qui nous surprend nous-mêmes. Nous pouvons donc être conscients de ce que nous faisons sans toujours comprendre pourquoi nous le faisons. La conscience permet une certaine connaissance de soi, mais cette connaissance semble avoir des limites.


Ainsi, la conscience nous permet-elle réellement de tout connaître de nous-mêmes ?

Cette question conduit à s’interroger sur l’existence d'une part de notre vie psychique qui échappe à la conscience : c’est le problème de l’inconscient.



6. Les notions incontournables


  • Conscience : savoir que l’on perçoit, pense, ressent ou agit.


  • Conscience réflexive : capacité à réfléchir sur soi-même.


  • Identité personnelle : ce qui permet de se considérer comme la même personne à travers le temps.


  • Conscience morale : capacité à juger ses propres actions.


  • Essence : ce qui fait fondamentalement qu’une chose est ce qu’elle est.

    → Un triangle peut être grand, petit, rouge ou bleu : cela ne change pas le fait qu’il est un triangle. Ce qui est essentiel au triangle, c’est d’être une figure à trois côtés.


  • Accident : ce qui peut changer sans modifier ce qu’est fondamentalement la chose.

    → Une personne peut être blonde aujourd’hui et se teindre les cheveux en brun demain : la couleur de ses cheveux change, mais elle reste la même personne. La couleur des cheveux est donc une caractéristique accidentelle.



Idée générale à retenir

La conscience nous donne accès à nous-mêmes et nous permet de nous penser comme des sujets libres et responsables. Mais elle ne garantit pas que nous nous connaissions totalement.



 


 

 
 
 

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