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Analyses linéaires

Roman - Rimbaud : analyse linéaire



Texte étudié


I


On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.


- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,


Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !


- On va sous les tilleuls verts de la promenade.



Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !


L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;


Le vent chargé de bruits - la ville n'est pas loin -


A des parfums de vigne et des parfums de bière...



II


- Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon


D'azur sombre, encadré d'une petite branche,


Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond


Avec de doux frissons, petite et toute blanche...



Nuit de juin ! Dix-sept ans ! - On se laisse griser.


La sève est du champagne et vous monte à la tête...


On divague ; on se sent aux lèvres un baiser


Qui palpite là, comme une petite bête...


III


Le cœur fou robinsonne à travers les romans,


- Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,


Passe une demoiselle aux petits airs charmants,


Sous l'ombre du faux col effrayant de son père...



Et, comme elle vous trouve immensément naïf,


Tout en faisant trotter ses petites bottines,


Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif...


- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...



IV



Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.


Vous êtes amoureux. - Vos sonnets La font rire.


Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.


- Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire !...



- Ce soir-là..., - vous rentrez aux cafés éclatants,


Vous demandez des bocks ou de la limonade...


- On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans


Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade.



A. Rimbaud, Cahiers de Douai, (1870)


Introduction


  • Présentation de l'auteur, de l’œuvre et de l'extrait


Rimbaud est un poète français du XIXᵉ siècle qui compose ses premiers poèmes dès l’âge de 16 ans. Selon lui, le poète doit être un « voyant » et se faire le porte-parole de la modernité poétique. En 1870, il compose les Cahiers de Douai, recueil dans lequel il exprime déjà son rejet des conventions littéraires et sociales.


Si certains poèmes de Rimbaud sont antimilitaristes, d'autres célèbrent la fougue de la jeunesse. « Roman » appartient à cette seconde catégorie : à travers ce texte, le poète esquisse avec légèreté et malice le tumulte des premiers amours à dix-sept ans, entre insouciance, découverte et exaltation des sentiments.



Analyse générale du passage

Ce petit complément ne sera pas à restituer à l’oral : il te permet juste de situer le passage et d’en comprendre les enjeux avant d’aller plus loin dans l’analyse.


Dans « Roman », Rimbaud transforme une expérience universelle — celle de l’adolescence — en une véritable aventure poétique. Le poème suit la trajectoire d’un jeune homme de dix-sept ans, oscillant entre insouciance, exaltation et premiers troubles amoureux. La nature y devient le miroir de l’éveil des sens : les tilleuls, le vent et la lumière d’été traduisent la vitalité du corps et l’effervescence des émotions. Rimbaud y mêle le registre lyrique et familier, créant un ton spontané et moderne, à mi-chemin entre la rêverie et le récit d’initiation. L’amour, d’abord idéalisé, tourne vite à la dérision : les élans du cœur s’accompagnent d’une ironie légère qui désacralise la passion. À travers des images sensorielles, un rythme fluide et des ruptures de ton, le poète peint une jeunesse libre, curieuse, encore naïve mais déjà consciente de sa finitude. « Roman » devient ainsi le poème de la légèreté et de la désillusion, où le bonheur se goûte dans l’instant.



Problématique


Comment Rimbaud célèbre-t-il l'insouciance de la jeunesse ?




I. Un cadre festif et estival

Strophes 1 & 2


  • Une jeunesse insouciante et euphorique


Le premier vers, « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans », a la force d’un proverbe grâce au présent de vérité générale qui lui donne une portée universelle. En mentionnant directement l’âge de « dix-sept ans », Rimbaud inscrit son poème dans l’expérience adolescente et place son récit sous le signe de l’insouciance. L’emploi du pronom « on » fait de lui le porte-parole d’une jeunesse en quête de liberté, marquant une rupture avec le monde adulte. Le cadre évoqué ensuite est d’abord urbain et festif : les « cafés tapageurs » et les « lustres éclatants » suggèrent un univers bruyant, lumineux, associé à l’ivresse. Mais ce monde est aussitôt délaissé : « on va sous les tilleuls verts de la promenade », formule qui introduit un cadre naturel et paisible. Le présent de narration exprime la spontanéité de l’élan adolescent, tandis que la nature apparaît comme un refuge propice à la rêverie et à la découverte de soi. Le pronom « on », répété, donne enfin une dimension collective à cette expérience universelle de la jeunesse.


  • Une atmosphère sensorielle qui invite à la rêverie


Le deuxième quatrain s’ouvre sur un vers marqué par la répétition de l’adjectif « bons » (v.5), qui donne un ton naïf et spontané, comme si le jeune poète parlait sans artifice. Cette simplicité, en rupture avec le lyrisme romantique, traduit l’authenticité et l’insouciance de l’adolescence. Le cadre devient propice à la rêverie et s’imprègne d’une forte dimension sensorielle : Rimbaud mêle l’odorat « sentent », le toucher « l’air si doux » et l’ouïe « vent chargé de bruits », plongeant le lecteur dans une atmosphère de bien-être. La nature et la ville semblent encore mêlées : le tiret « – la ville n’est pas loin » montre une hésitation entre les deux, la ville qui bruit au loin et la nature qui s’ouvre à la liberté et à l’imagination. Enfin, l’allitération en [v] « vent, ville, vigne » crée une musicalité douce et fluide, qui reflète l’abandon du poète à ses sensations et favorise l’émergence de rêveries amoureuses.




Cette analyse a été conçue pour que tu maîtrises totalement les enjeux du poème : mouvements expliqués, procédés décortiqués et arguments prêts pour l'oral. C’est l’outil idéal pour approfondir ta réflexion et assurer une excellente note le jour du Bac.


🧐 Le petit plus : les références culturelles et les ouvertures sont déjà rédigées pour t’aider à faire la différence lors de ton passage (contenu inclus dans cette analyse).


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