L'aparté au théâtre
- Stéphanie Mongenie
- il y a 3 jours
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 2 jours

📢 Et si, au théâtre, certains personnages parlaient en secret… à l’oreille du spectateur ? C’est tout le rôle de l’aparté.
1. Un aparté, c'est quoi ?
L’aparté est une réplique prononcée par un personnage à voix haute, mais comme s’il se parlait à lui-même, sans être entendu par les autres personnages présents sur scène :
les autres personnages n’entendent pas cette réplique, même s’ils sont physiquement proches.
le public, en revanche, l’entend : il a accès aux pensées intimes, aux intentions cachées ou aux véritables sentiments du personnage.
L’aparté repose donc sur une convention théâtrale : dans la réalité, une parole dite à voix haute serait entendue par tous, mais au théâtre, spectateurs et acteurs acceptent cette règle implicite. Cela permet à l’auteur de jouer avec les niveaux de discours et de créer une relation privilégiée avec le public.
2. Les fonctions de l’aparté
A. Effet comique
L’aparté est très fréquent dans la comédie (chez Molière, Marivaux, Beaumarchais) :
il crée un décalage entre la parole officielle du personnage (ce qu’il dit aux autres) et sa parole secrète (ce qu’il pense réellement).
le spectateur, qui connaît la vérité, rit de la naïveté, de l’aveuglement ou de la duperie des autres personnages.
Dans Le Barbier de Séville de Beaumarchais, Figaro multiplie les apartés pour commenter la situation, se moquer des puissants et souligner son intelligence. Le public rit de sa lucidité face à l’ignorance des autres personnages.
B. Effet dramatique
Dans la tragédie ou le théâtre plus sérieux, l’aparté a une fonction différente :
il permet de révéler les intentions cachées, les projets secrets ou les conflits intérieurs d’un personnage.
le spectateur sait alors ce que les autres personnages ignorent, ce qui crée du suspense, de l’angoisse ou une tension dramatique.
Un personnage peut annoncer en aparté qu’il va trahir un proche. Le public, conscient du danger à venir, assiste impuissant à la scène, ce qui renforce la dimension tragique.
c. Outil de complicité avec le spectateur
L’aparté est aussi un outil de connivence entre le personnage et le public :
en s’adressant indirectement aux spectateurs, le personnage les prend à témoin et les transforme en confidents.
le public se sent privilégié : il partage un secret que les autres personnages ignorent.
cette complicité peut renforcer l’humour, mais aussi l’adhésion morale ou affective au personnage.
L’aparté rapproche ainsi le spectateur de la scène : il ne se contente pas de regarder l’action, il en devient presque un complice silencieux, parfois même un juge de ce qui se passe.
3. Place et enjeux dans une analyse de texte
Lorsque tu repères un aparté dans un extrait théâtral :
identifie-le clairement (il est souvent signalé par une didascalie comme « à part »).
Interroge sa fonction :
fait-il rire ?
révèle-t-il un mensonge, une stratégie, une intention cachée ?
crée-t-il une tension ou une ironie dramatique ?
Relie-le aux thèmes de l’œuvre :
hypocrisie, mensonge, manipulation
double langage
lucidité d’un personnage
critique sociale ou politique
Dans un commentaire composé ou une explication linéaire, analyser un aparté montre que tu comprends comment l’auteur utilise les procédés théâtraux pour capter l’attention du spectateur et transmettre un message.
4. Exemples célèbres
Molière, L’Avare : les apartés d’Harpagon révèlent son obsession pour l’argent
→ effet comique et satire de l’avarice.
Beaumarchais, Le Barbier de Séville : Figaro utilise l’aparté pour commenter l’action
→ connivence avec le public et critique sociale.
Racine, Britannicus : les apartés de Néron dévoilent sa cruauté et ses intentions secrètes
→ tension dramatique.
Théâtre contemporain : chez Ionesco ou dans le théâtre de l’absurde, l’aparté peut souligner l’incommunicabilité et le décalage entre langage et sens.
L’aparté est un procédé théâtral essentiel qui permet de révéler l’envers du discours des personnages. En donnant au spectateur accès aux pensées cachées, aux intentions secrètes ou aux conflits intérieurs, il crée à la fois le comique, la tension dramatique et la complicité avec le public.
Par cette convention, le théâtre joue sur le double langage et rappelle que la scène est un lieu de vérité autant que de masque, où le spectateur devient un témoin privilégié de l’action.
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